Depuis le début des années 80, la compagnie Air-Glaciers (sous le nom de Trans-Heli) s’occupe du traitement des vignobles du Valais, de l’arc Lémanique ainsi que le pied du Jura. C’est d’ailleurs la seule compagnie effectuant ce genre de travaux en Suisse.

Le LAMA, fidèle au poste
Pour ces travaux plutôt acrobatiques, Air-Glaciers utilise l’ increvable SA.315B LAMA. Ce type d’hélicoptère a été conçu à la fin des années soixante et est toujours très apprécié pour ses très bonnes performances de vol, notamment en montagne. Développé à l’origine pour la Force aérienne indienne, le LAMA est une évolution de l’Alouette II et équipé de la turbine Artouste IIIB de l’Alouette III, développant une puissance de 860CV. Le Lama pèse en charge environ 1950kg et dispose encore d’une bonne réserve de puissance.


Arrivée du Lama sur la DZ de Villette

   

Un petit coups de chiffon sur le pare-brise...

 

On refait le plein du produit traitant

 

Petit coup d'oeil à la mécanique


Test du système de pulvérisation


Et c'est reparti pour un tour...

Hélicoptères « réquisitionnés » pour la saison
Chaque année, cinq machines sont équipées de réservoirs plaqués contre le fuselage, juste derrière la cabine, avec un système de pulvérisation et de deux perches de 4,50 mètres (soit 9 m.) dépassant largement des deux cotés de l’appareil, mais restant toutefois dans le diamètre du rotor qui est de 11,05 m. Ces hélicoptères, une fois équipés, sont bloqués pour la saison et ne peuvent être utilisés pour d’autres tâches pendant les mois allant de mai à août. En effet, ce dispositif nécessite environ un jour et demi de montage et de réglages,  puis d’environ une demi-journée de démontage, pour chaque LAMA.

La contenance totale de ces réservoirs est de plus de 1000 litres, mais limité à 500 ou 600 litres en raison du poids. Le produit emporté sert à la protection des plants de vigne et présente une classe de toxicité basse (classe 1). Les traitements sont préventifs, il ne s’agit donc pas d’insecticide ou de pesticide, mais de produit fongique, permettant d’éviter l’apparition de maladies attaquant les vignes, tels que principalement le mildiou et l’oïdium.


A Chardonne, les vignobles "tombent" presque directement dans le Lac Léman. Ce qui donne parfois l'impression de faire des photos air-air...

 

Virage serré à Dardagny...
 

 

...et à Chardonne
 

   

Région de Villette, beaucoup d'obstacles à éviter

 

Après ce genre de vue, on peut généralement nettoyer le matériel photo...

 

On plonge pour la passe suivante

Le traitement de vignes sous surveillance
Lors des séances de traitements, un expert mandaté par le groupement concerné et agréé par l’Office de l’environnement et du paysage, de l’Office fédéral de l’Aviation Civile ainsi que l’Office Fédéral de l’Agriculture, contrôle le respect des dosages, qui est généralement fait par un professionnel de l’entreprise fournissant les produits. Des papiers révélateurs sont disposés à différents endroits afin de contrôler la dérive ainsi que l’application.


Virage serré à gauche pour revenir sur la zone à traiter. Noter comme le Lama "dégouline" de produit...
Un véritable cauchemar pour le personnel qui doit nettoyer la machine.


Christian et son élève à Dardagny

Tributaire de la météo
Entre 5 et 6 interventions par secteur sont nécessaires durant la saison. En 2007, à cause d’un printemps précoce, les vols ont du commencer une à deux semaines plus tôt que d’habitude. Les dates des séances prévues ont du être fréquemment ajustées, car la pluie était souvent de la partie. En effet, pour que le traitement soit efficace, les vols doivent être effectués de bonne heure le matin, sans pluie, sans vent et par une température peu élevée. Sans quoi le produit est trop dispersé et peu efficace.

Si le soleil est de la partie, n'hésitez pas à vous rendre dans les secteurs de Chardonne et Villette lorsque vous entenderez le chant de la turbine du Lama

Un travail d’équipe …
En général, l’hélicoptère arrive sur zone vers 6 heures du matin. L’équipe au sol est sur place une bonne demie heure précédent l’arrivé du LAMA, afin de préparer la DZ et la préparation du produit ainsi que le ravitaillement en carburant de l’hélicoptère. Dans la
région où a lieu le traitement, de nombreux vignerons, ainsi que la Police, assure la régulation du trafic routier. Un LAMA qui surgit à 2 m / sol peux surprendre un automobiliste qui n’est pas habitué à voir cela.

… et une équipe matinale
Comme dit précédemment, une journée de traitement commence tôt. Si l’équipe au sol est déjà sur place à 5h30 du matin, il leur faut bien évidemment passer à la base encore plus tôt pour finir de préparer le matériel et se mettre en route. En certaine occasion, leur journée peut commencer vers 4h et finir tard, selon le programme. Après les vols de traitements, qui durent jusqu’aux environs de 9h30 – 10h30, il faut rentrer à la base, ramener le matériel, le nettoyer. Le LAMA doit lui aussi être nettoyé de fond en comble, car l’hélico se fait littéralement doucher lors de l’épandage.


Le "coeur" du Lama : le turbomoteur Turboméca Artouste IIIB d'une puissance de 860 CV pour un poids de l'hélico en charge de 1950 kg

Pilotage de précision
Effectuer des vols de traitements dans les vignobles nécessite une très bonne expérience et un certain talent. Les pilotes sont modestes et ne se vanterons pas de leurs qualités. Cependant, il suffit de regarder l’environnement qu’il y a dans les vignobles et on aura vite compris qu’il faut être à son affaire pour piloter. Traiter les vignes à 1,50 m -  2m / sol à une vitesse maximum de 55 km/h, suivre le relief, voir les panneaux disposé dans les vignes afin de renseigner sur les zones à traiter, survoler des routes, éviter les lignes aériennes (électriques et téléphoniques), les habitations, etc.


La tête en bas à Chardonne

Une séance de traitement dure environ de 1h à 4 h de temps, en fonction de la surface à traiter et comporte une dizaine de rotations d’environ 10 ou 15 minutes chacune. Les trajectoires du LAMA sont enregistrées par GPS, ce qui permet après coup de vérifier quelles zones ont été traitées ou pas.

A la fin de la saison (en septembre et octobre), le LAMA reviendra dans certains vignobles lors des vendanges, afin de redescendre le raisin ramassé. Certains endroits sont difficilement accessibles pour faire cela à dos d’hommes.

 

Villette, ses vignes et ses petits hâmeaux

 

Christian salue le photographe au passage


Vortex à Dardagny

 

Passage proche à Chardonne et douche pour le photographe...

 

Premières lueurs du jour à Villette

Ballet aérien
Pour toutes personnes, même non passionnées par l’aviation, les vols de traitements est un véritable ballet aérien qu’on ne se lasse pas de regarder, car c’est un véritable exercice de voltige qu’effectue le pilote et que seul permet le LAMA avec un bon niveau de sécurité, grâce à une bonne réserve de puissance.

Ci-dessous, une série de photos à Villette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Formation de nouveaux pilotes
Cinq hélicoptères pour le traitement et 7 pilotes. Il s’agit aussi d’assurer la relève et pour former un nouveau pilote, il faut l’emmener lors des vols de traitement. Il faut à « l’élève » un minimum de 100 heures de vols à son actif et effectuer une formation qui s’étendra sur 3 ans minimum, soit environ 120 vols représentants 140 heures.

Partage de zones et expériences
Les zones de traitements sont réparties entre la base Air-Glaciers de Sion et celle de Collombey. A Collombey, c’est le pilote chef de la base, Christian Rosat qui s’occupe de la région bas-Valais, Lavaux (sur les bords du Lac Léman), ainsi que de quelques vignobles situés sur les rives du Lac de Neuchâtel, du Lac de Bienne et à Genève (Dardagny).

Christian pilote depuis 15 années et titularise plus de 5500h de vols. Le LAMA et l’Alouette III n’ont plus de secrets pour lui. Les vols de traitements représentent 20 % des vols de la saison, et cela fait 10 années qu’il est fidèle au poste, survolant les vignobles.

Sensations garanties vécues depuis le cockpit

   

A bord du Lama
En 2006, j’ai eu l’occasion de monter à bord du LAMA avec Christian lors de traitement à Villette… « T’es pas malade sur les montagnes russes ??? »  me dit-il… « Non, ça devrait aller… » j’ai répondu avec une petite appréhension quand même… Se faire ballotter dans tous les sens en essayant de faire des photos est toujours un peu rude.

Voler à 2 mètres du sol et à environ 50 km/h fait que les plans de vignes défilent sacrément vite et sont proches des patins de l’hélico. En fin de zone, Christian cabre le Lama vers le ciel en prenant un peu d’altitude, renverse l’appareil et replonge vers la vigne pour la passe suivante. Et ce sera comme ça pendant une vingtaine de minute.

Je finirais par ne plus faire de photos, afin d’apprécier au maximum cette leçon de pilotage. Au final tout s’est bien passé et ça restera un des plus beaux vols que j’ai fait, car c’est vraiment impressionnant de vivre ça de l’intérieur.

Passage surprise et photo plein cadre... Le photographe n'a pas baissé la tête...

 

Remerciements
Je remercie Christian Rosat et son équipe au sol, de la société Air-Glaciers, pour les divers opportunités photographiques lors des vols de traitements. Photos réalisées en 2006 et 2007, dans les régions de Villette (VD), Chardonne (VD), Dardagny (GE).

 

Texte et photos : Laurent Baudillon

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