es 4 et 5 décembre 2007, le ciel genevois accueillait une machine pour le moins inhabituel. Il s'agissait d'un hélicoptère Kaman Aerospace K-MAX de la société ROTEX Helicopter qui effectuait de nombreuses  rotations  le  long  des falaises de St. Jean, à Genève, pour évacuer  des  arbres abattus dans le cadre d'un programme de stabilisation et de sécurisation de ce terrain relativement friable.

 

 REPORTAGE - L. Baudillon

Genève, décembre 2007  

 

De long travaux
Dans le cadre de la sécurisation des falaises de St-Jean, la ville de Genève a mandaté l'Entreprise Forestière Audeoud, spécialisée dans les coupes de bois difficiles, les travaux acrobatiques, l'élagage, les abattages spéciaux, etc.

Les travaux forestiers sur les falaises de St-Jean ont commencé le 20 novembre et se sont terminés le 13 décembre. Ils ont consisté, outre les abattages, en du débroussaillage et du nettoyage de falaises (travaux sur corde), ainsi que l'émondage préalable de quelques gros arbres. L'Entreprise Forestière a également procédé au broyage et aur rangement des branches au pied des falaises. Le point fort de ce chantier a été l'intervention de l'hélicoptère K-MAX de la société ROTEX pour évacuer les plus gros arbres, les 4 et 5 décembre.

La société ROTEX a été mandatée, en tant que sous-traitant, par la Société Forestière. Ces deux entreprises ont l'habitude de collaborer sur ces types de chantiers. La participation du K-MAX a été le point fort de ce chantier, mais n'enlevant rien aux mérites des bûcherons effectuant leur travail dans les falaises.

Petit panorama de la zone depuis le Viaduc de la Jonction. Depuis la gauche : St-Jean, les falaises, le Rhône, la Jonction, l'Arve et le Bois de la Bâtie.

Une importante préparation
La zone concernée s'étendait du Viaduc la Jonction (CFF et piéton) au Pont Sous-Terre. Ce  type  de travaux demande une longue préparation. Pas moins de 6 visites ont été nécessaires pour établir un devis, obtenir les autorisations nécessaires (gendarmerie, OCM, inspection des chantiers, Skyguide) ainsi que la coordination avec les autorités communales et les diverses entreprises concernées. Trouver une zone pour poser l'hélicoptère la nuit, le ravitailler, déposer les arbres, les traiter et trouver un hôtel pour les employés. Mise en place de l'équipe et organisation du chantier avec 12 personnes de ROTEX, l'hélicoptère et le tracteur.

L'Entreprise Forestière etait sur le terrain avec 6 bûcherons (dont le patron), plus 6 sentinelles supplémentaires postées aux endroits clés survolés par le K-MAX. Pour le reste des travaux, l'Entreprise Forestière disposait de 6 à 7 ouvriers pendant les 15 journées qu'a duré ce travail. Ce chantier a été délicat et fastidieux à organiser dans son ensemble, et a nécessité environ 70 heures de préparation et d'organisation, y compris l'organisation de détail sur le terrain arbre par arbre avec les partenaires concernés.

Dès les premières lueurs du jour, le K-MAX est déjà à pied d'oeuvre, alors que le brouillard commence à monter du Rhône et de l'Arve

Plus de 200 rotations en deux jours
Les  vols  débutaient  dès qu'il y avait assez de lumière, soit de 8h à 17h environ.  Plusieurs équipes étaient réparties sur la zone pour la coupe des arbres,  le  K-MAX  passant au fur et à mesure à la demande des équipes. Un timing  très  rodé, chaque rotation durant à peine 5 minutes, ne posant que pour  faire le plein environ une fois par heure. L'équipe n'eu pas de bonne condition  météo le mardi, la pluie étant souvent de la partie. Le mercredi étant  bien  meilleur,  avec  du soleil. Mais les premières lueurs du matin amenaient  son ruban de brouillard typique de cette région, stagnant depuis le  Rhône et l'Arve jusqu'au sommet des falaises de St. Jean, avec une température dépassant à peine 0°C. Le tout se dissipant en milieu de matinée.

Fin, léger et puissant, toute la conception du K-MAX est optimisée pour le transport de charge extérieur

La machine ROTEX est bien huilée, ce sont des spécialistes de ce type d'abattage difficile et de transport de charges lourdes en tous genre. Des équipes de deux personnes disposées à plusieurs endroits de la falaise s'occupent de tronçonner les arbres, en une ou plusieurs sections selon la taille. Dès qu'il est suffisamment entamé, l'équipe y fixe un câble et font signe au pilote lorsqu'il sur le site. Le crochet, pendant sous une élingue  d'une  trentaine  de mètres, est amené avec précision au niveau des hommes qui crochent le câble à l'élingue. Le pilote prend alors légèrement de l'altitude pour que l'élingue soit sous tension et les hommes au sol terminent de tronçonner l'arbre. Dès que le tronc est coupé, sans secousses, le  pilote emporte sa charge vers la zone de dépôt, situé de l'autre coté, au Bois de la Bâtie, en évitant les zones construites de La Jonction, par mesures de sécurités.

Sur le terrain, on scie le tronc...

... à plusieurs endroits

Le pilote se place à la verticale...

... et amène le crochet avec précision.

En maintenant un stationnaire parfait, le tronc est arrimé et l'élingue est tendue.

Bien arrimé, le tronc fini d'être sectionné.

Dès que ça lâche, le tronc est emporté.

Mission accomplie, au suivant...

Sur la zone de dépôt, ça ne chôme pas non plus. Plusieurs hommes sont là. Dès que la charge est déposée, deux personnes débitent les troncs en plusieurs parties, puis un engin mécanisé emporte le tout et l'empile sur le tas de bois juste à coté. L'opération est à peine terminée que le K-MAX est  déjà  là  avec  la charge suivante. C'est impressionnant de précision, d'efficacité et de rapidité.

En deux jours, 207 rotations de bois ont été effectuées pour un total de 313 tonnes transporté. Certains arbres ont nécessité jusqu'à 8 rotations. Ce bois sera utilisé comme combustible de chauffage.

Les troncs sont déposés ...

  sur la DZ,

immédiatement débités et entreposés

K-MAX, la grue volante
Le K-MAX est un hélicoptère spécialement développé pour les travaux aériens. Son fuselage fin ne laisse la place qu'au pilote et il est surmonté de deux rotors bipales montés côte à côte, inclinés en V, ce qui lui permet de se passer d'un rotor anti-couple. Cette configuration permet l'emport de charge lourde, ne produit que peut de bruit et en fait une machine très stable. Le fuselage est lui aussi dessiné en V, ce qui permet au pilote de voir facilement vers le bas depuis les deux cotés du cockpit. Les fenêtres latérales sont bombées pour une meilleure visibilité vers le bas.

Il  peut  emporter  863 litres de kérosène JET A1 lui donnant une autonomie d'environ 460 km ou environ 2h30 d'autonomie. Le K-MAX est motorisé par une turbine  Textron-Lycoming  T5317  de 1500 CV lui permettant de soulever des charges  de  2700 kg. La vitesse n'est pas son domaine de prédilection, car il  pointe  au  maximum  à 185 km/h. Sur les emplacements, la société ROTEX utilise  un  camion  citerne pour les ravitaillements en carburant, évitant ainsi  la manipulation de fûts et permettant un remplissage plus rapide. Le pilote  du  K-MAX  peut  ainsi  repartir  plus vite au travail. A noter que l'inclinaison  des  rotors  (tournants)  de  cet  hélicoptère  oblige  le personnel  au  sol  à n'approcher l'appareil que par l'avant. Cet angle d'inclinaison des rotors serait fatale à une personne approchant depuis les cotés...

ROTEX Helicopter
La compagnie a été fondée le 6 février 1997 et a débuté ses opérations le 11  avril  1997 en employant à cette époque 9 personnes. La société emploie actuellement  25 personnes et possède deux K-MAX. Les bureaux sont situés à Giswil  et  les hélicoptères sont basés sur l'héliport de Blazers (LSXB) de la compagnie Rhein-Helikopter AG.

Texte et photos : Laurent Baudillon - Publication janvier 2007 - Remerciements à M. Vincent Delafontaine, responsable commercial de ROTEX pour la Suisse Romande et à M. Marc Audeoud de l'Entreprise Forestière pour leurs informations.

 

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