Texte et photos copyright - Daniel Rychcik

Daniel Rychcik, l'un des membres du forum de notre site, a écrit ce texte à l'origine pour l'école de photographie du forum Canon. La version originale (aussi disponible en anglais) ce trouve sur le site de Daniel : http://airfoto.photosite.pl

Avec son accord, j'ai décidé de le mettre également sur airpic, tant sa démarche est intéressante et utile. De temps à autre, Daniel essayera de faire des mises à jour et d'ajouter quelque nouveau tuyau, ou peut-être une photo intéressante.

Si vous avez une suggestion, ou correction à proposer, vous pouvez écrire à l'auteurs, à cette adresse: muflon@photosite.pl, qui tentera, dans le mesure du possible, de répondre à chaque mail et de prendre en compte chaque avis. L'article ci-dessous est publié tel qu'il a été écrit par Daniel.

J’adresse mes remerciements à Jean-Marie Spapen pour la traduction initiale. Dans la mesure du possible, je la maintiendrai moi-même. J'espère que mes éventuels défauts de Français ne l'altéreront pas trop.

Daniel Rychcik


Avant propos

Avant toute chose: il sera principalement question de photographie de shows aériens et plus particulièrement d'avions militaires. Il y aura quelques mots sur le spotting à la fin.

Deuxièmement, avant de me poser la question, sachez que toutes les règles dont il sera question ici ne se retrouvent pas nécessairement dans mes photos! Souvent, ce sont simplement de «judicieux conseils venant d'amis plus expérimentés» ou ce sont «des choses que je connais mais que j'ai quelque difficulté à appliquer moi-même». Bref, en d'autres termes, ceci n'est pas un guide «comment faire de bonnes photos» car un tel guide ne peut être écrit. Vous devriez plutôt considérer que ce sont des «lignes de conduites pour se rendre à un show aérien et y réussir quelques bons clichés». Notez bien la différence entre «prendre un cliché» et «faire une bonne photo»!

Où ?

C'est en fait le seul problème important. C'est un peu comme la photographie de la nature: vous ne ferez rien de rien. Ainsi si vous voulez photographier des bombardiers stratégiques et que la seule chose près de chez vous est un petit club d'aviation, vous devrez apprendre avec ce dont vous disposez. Et c'est très intéressant d'apprendre avec ce dont on dispose!

Ceci dit, même si vous avez la chance de vivre pas trop loin de votre variété préférée «d'oiseaux», il y a un autre problème: comment s'en approcher sans susciter le refoulement de ceux qui en ont la garde? Généralement il n'y a pas de problème avec l'aviation civile, mais avec les militaires parfois il est souvent bon d'avoir:

  • un oncle qui par un heureux hasard est général
  • ... ou un frère qui se trouve être pilote
  • ... ou d'avoir un ami qui travaille à la tour de contrôle

Malheureusement, si vous ne parvenez pas à obtenir d'accès parce que vous n'êtes pas un photographe connu ou parce que vous n'avez pas l'un des avantages énumérés ci-dessus. Alors, tant pis, on ne rigole pas avec l'armée !

C'est quand même beaucoup plus facile avec les avions civils. Typiquement, si vous vous rendez aux alentours d'un aéroport, vous vous choisissez un bon coin et vous commencez tout simplement à photographier, rien de vraiment désagréable ne risque de vous arriver. Cela ne veut pas dire que personne ne récriminera! La sécurité aéroportuaire est parfois méticuleuse, mais en fait, à part vous dire de décamper, elle ne vous en dira pas davantage. Heureusement, nous vivons dans des pays relativement normaux. Bien sûr, il peut y avoir une exception: l'avion en approche est le 747 d'El-Al... mais cela est une autre histoire.

Un autre conseil: il est toujours bon de regarder autour de soi et de chercher s'il n'y a pas un fan club d'aviation, quelque chose qui vous mettrait dans le coup. Outre le gain de connaissance en photo évident, vous vous ferez de nouveaux amis, vous apprendrez les bons endroits de spotting, vous échangerez des photos. Et pourquoi pas, finirez à l'école de pilotage :)

A la fin, voici la plus simple, et malheureusement aussi la plus chère des solutions: les shows aériens. Ce qui suit traitera principalement de cela: faire des photos lors de meetings aériens.

Comment ?

L'exposition

Pour faire simple, l'arrière plan est sans importance. En l'air, l'arrière plan n'existe pas (sauf si notre F-15 fait justement un passage devant la lune). A terre, on s'arrange le plus souvent pour le brouiller. Donc il me paraît tout à fait pertinent d'utiliser la mesure moyenne à prépondérance centrale (et non la mesure spot) tout en faisant le mise au point sur l'avion. Parfois vous pourrez compenser l'exposition lorsque l'avion est complètement blanc ou noir, par exemple. Toutefois, si vous n'êtes pas sûr de votre technique, utilisez les réglages par défaut, normalement ils devraient être corrects.

Le mode d'exposition essentiel est le mode priorité à la vitesse (TV). Selon le contenu de la photo et selon l'effet désiré, vous devriez choisir la vitesse d'obturation et laisser l'appareil photo déterminer l'ouverture du diaphragme. Nous verrons les détails à ce sujet plus tard.

En ce qui concerne la sensibilité ISO, la règle générale est «l'ISO aussi bas que possible mais si ce n'est pas possible, ne vous tracassez pas outre mesure, utilisez ce qu'il convient» . Toutefois, en pratique, essayez de ne pas aller au delà de 800 ISO pour l'EOS 20D (ou une sensibilité approchante pour une autre marque d'appareil).

Le format RAW est toujours préférable ! En pratique, si vous avez le «doigt lourd» cela peut être quelquefois difficile.

Les avions à hélices

Bücker Bü-133 Jungmeister
Bücker Bü-133 Jungmeister, Lausanne (Suisse), 2005
(400mm, f/5.6, 1/60s)

La règle primordiale: qu'importe la focale, la sensibilité, le diaphragme etc., lorsque vous photographiez des avions à hélice en vol n'utilisez pas une vitesse plus rapide que celle nécessaire à brouiller l'hélice. En fonction de l'avion ou de la situation, ceci peut vouloir dire:

  • décollage rapide, dynamique, lors de démonstrations acrobatiques (hélices relativement petites, vitesse de rotation élevée) - jusqu'au 1/500sec.
  • Vol traditionnel, avion classique, pas d'acrobatie: maximum 1/200 sec.
  • Atterrissage, gros avion de transport, hélicoptères: jusqu'au 1/100 sec.

Evidement, tous les chiffres sont approximatifs. Après quelques temps, l'expérience vous dira ce qu'il faut faire. Si vous ne suivez pas cette règle, les avions auront l'air «arrêtés» : ce n'est pas un effet désirable et il donne un air «artificiel» aux photos.

Dans tous les cas, augmenter la durée d'exposition (jusqu'au 1/30 sec) rend la photo plus dynamique, plus belle et augmente l'impression de mouvement. Cependant, il devient de plus en plus difficile d'obtenir des photos nettes. Cet effet est accentué lorsque certains éléments du terrain apparaissent dans le cadre. (Voir ci-après dans la section décollage/atterrissage)

Les hélicoptères

Généralement, toutes les règles énumérées ci-dessus s'appliquent sauf qu'avec les hélicoptères, augmenter le temps d'exposition est encore plus important du fait que les pales tournent encore plus lentement. C'est souvent c'est un des rares objets que vous pourrez photographier de face (dans le style classique américain):

Aerospatiale AS-332M1 Super Puma
Aerospatiale AS-332M1 Super Puma, Axalp (Suisse), 2005
(400mm, f/16, 1/125s)

Les jets (en vol)

Northrop F-5E Tiger II
Northrop F-5E Tiger II, Zeltweg (Autriche), 2005
(400mm, f/9.5, 1/2000s)

La chose est un peu plus simple que ci-dessus: «l'impression de mouvement» est souvent rendue par les traces de fumée (ou les nuages de condensation - voir ci-dessous) ou simplement par l'aspect «rapide» de l'avion :). En conséquence, d'habitude, si votre objectif le permet, vous pouvez diminuer le temps d'exposition avec l'habitude, en pratique jusqu'à la limite des conditions du moment - par ex. 1/2000 sec. Parfois il pourra être intéressant de vous mettre en mode AV (mode priorité à l'ouverture) et de fixer le diaphragme à l'ouverture optimale de votre objectif (1 ou 2 diaph. au dessus de la pleine ouverture) et de laisser alors votre boîtier adapter le temps d'exposition.

Décollages et atterrissages

Aermacchi MB-339PAN
Aermacchi MB-339PAN, Payerne (Suisse), 2004
(200mm, f/22, 1/60s)

Un mot: le filé. Ainsi, tout comme avec les avions à hélices: mode TV (mode priorité à la vitesse), temps d'exposition aussi long que la focale le permet, main ferme et, si vous en disposez, stabilisateur verticale (IS mode 2 chez Canon). Il n'y a pas de limite inférieure. Je shoote souvent en dessous du 1/30sec avec un 200mmm et j'ai un ami qui est capable, et de manière reproductible, de sortir un cliché net (et non pas «non flou» mais net) du décollage d'un hélico au 1/20 sec avec un 200mm sans stabilisateur!

Lors d'un meeting aérien, vous pourriez voir assez fréquemment des atterrissages de patrouilles acrobatiques, où les avions qui se suivent diffèrent principalement par leur nombre et les visages dans le cockpit. Vous pouvez l'utiliser (le filé) si vous avez par exemple peu d'avions sur un rang, dans ce cas l'astuce est :

  • Vous commencez en assurant: 1/160 sec, 1 à 2 photos en prenant le meilleur angle (juste un peu en face de vous) Cela devrait aller.
  • Suivant: 1/125 sec, de nouveau 2 à 3 photos, contrôle rapide sur l'écran LCD pour voir si on est bon.
  • Suivant: 1/90, quelques shoots, contrôle sur le LCD. Si aucune photo n'est bonne, recommencer jusqu'au succès.
  • Si le 1/90sec est bon; descendez votre vitesse jusqu'au 1/60 et shootez!
  • ... Et ainsi de suite, il n'y a aucune limitation ici. Plus vous descendrez en vitesse avec des images piquées, le mieux ce sera.

Les planeurs

Les planeurs relèvent d'un domaine particulier. Tout d'abord, oubliez le truc de l'exposition longue (vitesse lente) car il n'y a aucune hélice à garder floue. D'un autre côté, ces planeurs sont en général petits, fins et ne donnent aucunement l'impression de mouvement de par eux-mêmes. Ils sont si petits qu'il est très difficile de rendre des détails en vol sans avoir recours à de très longues focales. Il vous reste donc à tabler sur les traces des fumigènes, heureusement très largement utilisés lors des shows de planeurs, et essayer de rendre les photos attractives d'une autre façon: reflets du soleil ou passage devant la lune.

Je ne peux pas dire grand chose d'autre. Je vois rarement des planeurs et je n'ai pas encore le tour avec eux.

Changement rapide des réglages

Il arrive souvent que vous deviez changer rapidement entre les deux combinaisons de réglages d'un appareil. Selon ce que nous avons vu jusqu'à maintenant, cela peut être:

  • Pour le dècollage, vous utilisez par exemple: Tv, 1/80s, ISO100, sans correction d'expo
  • Puis, quand l'avion commence la démonstration, on change à 1/400s, ISO400 et la correction d'expo +1EV (pour compenser le ciel bleu/blanc)
  • Lors de quelques passages-bas (quand il y a quelque chose à fond pendant un petit moment), on retourne au réglage #1 pour un bref instant
  • Etc... La situation peut même devenir plus drôle si la démonstration est compliquée, avec quelques avions en décollage pendant que les autres font leurs démos etc.

Certains appareils donnent la possibilite d'enregistrer quelques "custom modes" et il est possible de les changer facilement. Mais si vous n'en possédez pas un de cette catégorie, il y a toujours la solution: l'entrainement! Simplement essayez d'apprendre comment changer ces deux combinaisons de réglages très vite. Cela prend quelques temps, mais avec un peu de travail et d'expérience, je parviens à avoir besoin de moins d'une seconde pour mon EOS 1D :-)

L'exposition statique

Lors d'un meeting aérien, il y a habituellement un tas de choses à voir au sol. Malheureusement, faire des photos d'un statique est difficile:

  • Soit vous avez un accès libre à tout, vous pouvez à peine toucher l'avion... tout comme les 10.000 autres personnes qui profitent evidement de cette opportunité. Faire une bonne photo dans ces conditions est pratiquement impossible.
  • Ou alors l'avion est entouré de barrières solides qui, quels que soient vos efforts, enlaidiront vos photos.

Une façon de contourner ce problème pourrait être d'arriver au show avant l'ouverture des portes et de se précipiter au statique pour photographier avant la cohue.

Comme il est rare de pouvoir prendre à son aise des photos normales d'un avion entier, il reste à prendre des sujets particuliers comme:

  • La perspective extrême, large. Essayez d'en faire une centrale, a partir de la face avant de l'avion.
  • Faites des détails ou des parties de l'avion: la cabine, les armes, les ailerons, les échappements, une décoration particulière etc.

C'est comme pour les planeurs, je ne me sens pas trop compétent quant au statique, j'arrêterai donc ici.

Trucs et astuces

Le cadrage, ou: "couper ou pas couper ?"

L'erreur (ou plutôt le schéma répétitif) que vous pouvez voir souvent dans les photos d'aviation est de montrer l'avion en entier, d'un bout de l'aile à l'autre. De telles photos, à la longue sont tout simplement... ennuyeuses.

Règle n°1.: L'élément le plus important est le fuselage. C'est ce qui devrait être le plus en vue sur une bonne image, même s'il faut en arriver à couper un peu des ailes ou des empennages. Qui plus est, si vous disposez d'un bonne photo (en haute résolution), il est souvent intéressant de recadrer de telle sorte que le fuselage devienne le sujet principal de la photo.

Pilatus P3
Pilatus P3, Yverdon (Suisse), 2005
(200mm, f/6.7, 1/180s)

Règle n°2.: Les gros plans, les parties d'avion. Une fois de plus, même si cela signifie diminuer la qualité, il est souvent bon de limiter le cadre à:

  • La cabine
  • La première moitié de l'avion (jusqu'au milieu des ailes)
  • La tuyère du jet
  • Dans le cas d'un hélicoptère - le « corps principal » (en coupant la partie arrière avec le rotor anti-couple et les extrémités des pales du rotor principal) - de cette façon, vous pouvez accentuer l'impression de mouvement.
Aerospatiale SA-316B Alouette III
Aerospatiale SA-316B Alouette III, Axalp (Suisse), 2005
(115mm, f/10, 1/125s)

Du dessus, du bas, de l'arrière

Oui, l'avion présente différentes faces :) De côté la vue est intéressante parce que vous pouvez bien voir la forme du fuselage. Quand il vient vers vous, ou lorsqu'il tourne en montrant son «ventre», vous pouvez voir l'armement (la plupart du temps des postiches, mais soit ;-)). Après cela il vire pour partir, il y a une chance de voir la postcombustion ( voyez ci-dessous). Afin de conclure, un conseil: n'hésitez pas à faire des photos dans toutes les situations.

Boeing F/A-18F Super Hornet
Boeing F/A-18F Super Hornet, Payerne (Suisse), 2004
(195mm, f/3.5, 1/1500s)

L'horizontalité (ou le manque d')

Généralement, c'est un peu tristounet si, sur une photo d'avion, on voit un bout de terrain qui n'est pas tout à fait horizontal. Si possible, de telles photos devraient être redressées dans le logiciel (mais ne soyez pas excessif, il ne s'agit pas de tout mesurer avec un niveau mais plutôt d'une impression générale d'horizontalité!) Dans quelques cas particuliers, vous pouvez à dessein exagérer les angles, par exemple pour donner l'impression d'une photo air-air. Toutefois, il s'agit d'une opération très difficile à effectuer et cela requiert que vous sachiez exactement ce que vous faites.

Fumées et traces de condensation

Les fumées que l'on voit généralement derrière l'avion peuvent avoir différentes origines.

Le cas le plus simple, c'est de la pure fumée artificielle. L'avion est équipé d'un générateur de fumée, souvent de teintes variées. Lors des démonstrations acrobatiques cela permet de créer quelques jolies figures colorées et d'augmenter l'impression générale de mouvement dans le ciel.

D'autres types de fumées sont tout à fait naturelles. Elles apparaissent toujours lorsqu'il y a une brusque décompression de l'air, la vapeur contenue dans l'air se transforme en eau et persiste sous la forme de minuscules gouttelettes d'eau. Voici un exemple spectaculaire: